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Une prime, déprime

mardi 24 novembre 2009

Indifférent à l’opposition unanime de la parité syndicale du comité technique paritaire (9 contre et une abstention), et à un débat houleux
au conseil d’administration (13 voix contre 7)
le président instaure un nouveau système de primes des enseignants-chercheurs. Pour le personnel dit d’appui (ASU, BIATOSS et ITRF), un système analogue se prépare (on en parlera le moment venu), ainsi que dans les organismes de recherche associés comme le CNRS et l’INSERM qui font de même en ce moment.

D’où vient cet argent ? Pas de la prétendue augmentation du budget du ministère, tours de passe-passe interministériels dont le plus gros consiste à faire payer par notre ministère les retraites de ses anciens employés, le ministère de la fonction publique étant déchargé d’autant. Ce jeu à somme nulle est seulement destiné à alimenter ces médias toujours prompts à
dénoncer l’inutilité des fonctionnaires, sans s’interroger sur la leur. Non, cet argent provient des postes supprimés par le ministère ou laissés vacants par notre université, ainsi que d’un transfert de la dite dotation de service public, sur la dite masse salariale, que l’université gère à présent directement, selon les (in)compétences élargies prévues par la loi LRU. Nous ne sommes donc plus vus comme des agents assurant chacun une même qualité de service au public, mais comme des salariés payés au mérite.

Quel sont les montants de ces primes annuelles ? Les plus basses sont fixées à 3500 euros, la plus haute (celle du patron de l’université) à 40 000.
Le volume total prévu à la distribution cette année est de 4,3 millions d’euros. Par conséquent, moins de la moitié des enseignants-chercheurs de notre université décrocheront une prime cette année, et même moins d’un tiers chez les maîtres de conférences d’après la présidence elle-même. L’État trouve judicieux de supprimer des postes dans notre ministère pendant qu’il ouvre cinq cents nouveaux postes dans les prisons, et instaure la mise en concurrence des enseignants-chercheurs encore en poste,
malgré les catastrophes notoires de cette méthode de gestion, tant dans les secteurs publics que privés. Quant à la direction de notre université, elle considère donc que plus de la moitié de ses enseignants-chercheurs n’ont aucun mérite.

Comment seront attribuées ces primes ? Les plus élevées, les primes d’administration, seront automatiquement versées aux bénéficiaires (directeurs d’UFR etc), sans aucune évaluation quant à la qualité de leur action. Et ces mêmes notables sont membres de droits des comités qui décideront qui recevra les primes les plus basses, destinées à ces activités si subalternes que sont l’enseignement et la recherche, puisque c’est
la Prime d’Encadrement Doctoral et de Recherche qu’elles remplacent (la Prime de Recherche continue — pour combien de temps ? — à être versée à tous en Juillet et Décembre). Au CEVU du 14 septembre,
devaient être désignés deux élus pour compléter ces comités, mais
ils ne l’ont pas été faute de quorum, ce qui en dit long sur l’intérêt que leur porte la liste majoritaire au dit conseil. Mais peu importe ce qu’ils seront :
les membres du conseil d’administration peuvent témoigner qu’à plusieurs reprises le président de l’université
a bouleversé les classements établis par les comités et commissions officiels. Quant à demander son avis au Conseil National des Universités, ce serait carrément incongru. Les choses sont donc claires : inutile de remplir avec soin votre dossier, allez plutôt revêtir votre habit de courtisan, et préparez de quoi médire en haut lieu sur vos collègues.

Il n’y a pas si longtemps, l’activité des universitaires était financée quasi-intégralement sur le budget récurrent : pas de prime individuelle, pas de contrat quadriennal, pas d’agence de moyens.
Un collègue n’était pas un concurrent perpétuellement occupé à déposer des dossiers et à pratiquer le clientélisme, mais un camarade toujours prêt à vous écouter lorsque vous butiez sur un problème scientifique ou pédagogique, pour vous aider à trouver la petite idée qui débloquera tout. Comme c’est étrange, la notoriété de nos universités était bien meilleure qu’aujourd’hui.

Persuadés que ce système de primes, au lieu de donner à notre université tout son dynamisme, l’emmène sur la route dont l’actualité concernant France Telecom nous montre où elle conduit, les élus au conseil d’administration de la liste Réinventer l’Université et plusieurs autres collègues ont décidé de boycotter ces primes et ont envoyé la lettre de refus ci-joint. Ils demandent à tous les présidents d’université d’engager des négociations avec le ministère, afin que les sommes en jeu soient affectées à l’ouverture de postes statutaires :
voilà la seule politique qui empêchera la fuite à l’étranger de nos meilleurs docteurs, qui offrira à nos étudiants un taux d’encadrement comparable aux autres pays industrialisés et qui évitera à l’université de basculer dans le clientélisme généralisé.