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Stratégie d’établissement et feuille de route des comités de sélection

L’autoréférence croisée au service de la gouvernance

vendredi 15 février 2013

Lettre ouverte aux membres des groupes d’experts.

Le président de l’université, dans un courrier du 6 février 2013 adressé aux présidents et vice-présidents des groupes d’experts à l’attention de « Mesdames et Messieurs les membres des Comités de sélection » entend mettre les comités de sélection au service de « la stratégie de l’établissement » et imposer que les rapports sur les candidatures à des emplois d’enseignants-chercheurs soient rédigés selon le « canevas » qu’il a joint à son courrier. Observons, d’abord, que ces documents (ci dessus) exclusivement présidentiels n’ont été présentés devant aucun des conseils de l’université.

Ce qui frappe à la lecture du « canevas » c’est que la série de lignes du tableau dessine une évaluation individuelle que l’on pourrait croire absolue et non pas relative à l’état d’un domaine scientifique particulier, à la connaissance qu’en aurait le candidat et à la confiance motivée que lui accorderaient ses pairs pour, à l’avenir, assurer la transmission de ces connaissances à un niveau universitaire et les développer. Il n’y a en particulier aucune référence au profil attaché au poste mis au concours.

Le mode opératoire fourni par le président, non seulement confirme cette analyse mais donne la portée exacte des recrutements d’EC auxquels le président veut que vous procédiez : l’enjeu premier n’est pas de recruter un collègue dans une communauté scientifique donnée pour les mérites scientifiques que vous lui reconnaîtrez, mais des candidats dont « la qualité […] est d’une importance capitale pour l’UPMC », pour ce qu’ils « influencent sa visibilité internationale », «  ont d’impact sur ses résultats, ses moyens et sur son attractivité aussi bien en formation qu’en recherche ». On vous demande donc d’identifier les personnes susceptibles de servir l’établissement et non plus un domaine de connaissance. Cela se fera en reléguant au second plan la reconnaissance de l’autorité de la science, que vous représentez, au profit de « critères listés » par le président dictés par « la stratégie de l’établissement ». Il ne s’agit plus d’élire un collègue, mais de répondre le mieux possible « à l’exigence du processus ayant conduit à l’ouverture [du concours] » en suivant « les indications de la fiche de poste » (est-ce un hasard si la notion de fiche de poste remplace ici celle de profil ?). Ces « indications » seront éventuellement « précisées à l’oral [sic] par le représentant de l’université [ ?], le directeur d’UFR, le directeur d’unité ». Elles donnent la définition des candidats idéaux à retenir : « ceux qui seront les plus à même de réussir à l’UPMC ». C’est dans ce cadre étroit que le président souhaite vous amener à sélectionner vous-même les bons candidats, « sauf opération scientifique particulière dont vous serez explicitement prévenus ».

Le profil scientifique publié, seul document légal de référence aussi bien pour les candidats que pour les rapporteurs, disparaît, effacé par les critères uniformes du « canevas ». Sous l’apparence d’un simple outil, ce « canevas » incarne, de fait, la prétendue « stratégie de l’établissement » pourtant introuvable dans les documents de l’université. Simple manifestation de l’air du temps, peut-être n’a-t-elle pas besoin d’être officiellement formulée.

En réalité, la déclinaison personnelle qu’a le président de cette « stratégie » ne pourra pas être mise en œuvre sans vous, les membres des comités de sélection. Il ne faut pas voir d’autre raison au courrier du président. Il vous appartient ainsi de vous demander ce que ce courrier révèle de la conception qu’a Jean Chambaz du respect des règles nationales qui fondent le service public d’enseignement supérieur et de recherche, définissent nos statuts et régissent nos activités ; de vous demander ce que ce courrier révèle de l’estime dans laquelle il tient l’ensemble des membres des groupes d’expert, l’ensemble des conseillers et administrateurs de notre université (qui ne se sont pas prononcés sur ces questions), et, à travers eux chaque membre de notre université ; de vous demander ce que son courrier révèle de l’idée qu’il se fait de son pouvoir et de la façon dont il entend l’imposer. Il vous appartient de répondre à ces questions : souhaitez-vous vous soumettre à cette « stratégie d’établissement » qui dénature la procédure de recrutement ? Souhaitez-vous lui donner vie en remplissant le « canevas » ? Est-ce bien le souhait de la communauté que vous représentez ? Est-ce compatible avec l’indépendance des enseignants-chercheurs, dont nous pensons qu’elle est indispensable à la poursuite du progrès des connaissances ?

Paris, le 15 février 2013, Réinventer l’université.